Fumer donne le cancer, mais est-ce le cas avec la cigarette électronique ? Que trouve-t-on dans l’aérosol qu’elle émet ? Ces substances sont-elles cancérigènes ? Alors que de nombreux Français ont une image fausse de la vape comme l’a révélé un sondage commandé par la FIVAPE, il est temps de faire le point sur les risques associés au vapotage.
Pourquoi fumer donne le cancer ?
Le cancer est une maladie complexe résultant de mutations dans l’ADN des cellules, les transformant en cellules cancéreuses, comme l’explique l’Institut National du Cancer. Ces mutations peuvent être causées par une multitude de facteurs et la fumée de cigarette en est l’un, du fait des nombreuses substances cancérigènes. Selon le Centre de Lutte Contre le Cancer , la fumée de tabac contient au moins 70 substances identifiées comme étant cancérigène.

L’exposition à ces substances augmente drastiquement le risque de développer un cancer. Plus la consommation est longue dans le temps et plus le tabagisme est important, plus grands sont les risques. Le tabac est si dangereux qu’il est le premier risque de cancer dans le monde, en causant pas moins de 17 cancers différents, comme celui du poumon, du larynx, du côlon, du rectum, de la vessie ou encore la moelle osseuse. Il est d’ailleurs le premier risque de cancer du poumon, en augmentant par 10 le risque d’en développer un chez les fumeurs et fumeuses par rapport aux personnes qui ne fument pas.
Selon Santé publique France, le tabac est responsable de plus de 68 000 décès prématurés chaque année en France, soit environ 11 % de l’ensemble des décès enregistrés dans le pays. Malgré une baisse par rapport aux estimations historiques d’environ 75 000 décès annuels, le tabagisme continue de représenter un fardeau sanitaire majeur. En moyenne, près de 190 personnes meurent chaque jour en France des conséquences de leur consommation de tabac.
L’aérosol de cigarette électronique est-elle cancérigène ?
La cigarette électronique ne produit pas de fumée de combustion, elle produit un aérosol qui est qualifié à tort de vapeur étant donné qu’il n’est pas composé de vapeur d’eau. Cet aérosol comporte deux ingrédients principaux : le propylène glycol, que l’on trouve dans la fumée de spectacle, et la glycérine végétale. Elle contient également des arômes, de la nicotine et des additifs. À noter qu’il existe de nombreux e-liquides, certains disponibles sans arômes et sans additifs pour avoir le moins d’ingrédients possibles.

Contrairement à une idée reçue, la nicotine n’est pas cancérigène. Toutefois, cela ne veut pas dire que vapoter est sans danger. Les recherches sur la cigarette électronique sont encore relativement récentes, mais plusieurs études se sont penchées sur la question des risques cancérigènes, sans que des liens de cause à effet ne soient clairement identifiés pour le moment, comme nous allons le voir par la suite.
La vape ne fait pas à l’heure actuelle partie des alternatives médicales au tabac listées par les autorités sanitaires françaises, qui lui préfèrent d’autres méthodes comme les patchs à la nicotine. Un des problèmes liés à la cigarette électronique est que celle-ci est adoptée par des jeunes, notamment mineurs, à qui la vente de produits pour la vape est pourtant interdit. En effet, selon l’enquête EnCLASS 2024 de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), le vapotage occupe désormais une place importante chez les adolescents français, même si les situations diffèrent fortement entre collégiens et lycéens.
Chez les collégiens, l’expérimentation de la cigarette électronique a légèrement reculé au cours de la dernière décennie, passant de 26,8 % en 2014 à 19,0 % en 2024. À l’inverse, chez les lycéens, l’expérimentation continue de progresser : 46 % d’entre eux déclarent avoir déjà essayé la cigarette électronique en 2024, contre 35,1 % en 2015. L’usage quotidien suit la même tendance, atteignant 6,8 % des lycéens en 2024 contre seulement 2,8 % en 2018.
Bien que la vape ne soit pas cancérigène, tout comme la nicotine, il est indispensable de lutter contre toute forme d’entrée vers la consommation de nicotine, notamment chez les jeunes. La problématique de l’adoption de la cigarette électronique des jeunes en France pousse le gouvernement à lutter contre son expansion.
Que pensent les autorités sanitaires françaises sur la vape et le cancer ?
Les autorités sanitaires prônent la prudence par rapport au vapotage. Le Centre de Lutte Contre le Cancer détaille sa position sur la cigarette électronique en expliquant que “Les cancers liés au tabac sont dus à la présence de nombreuses substances cancérogènes […] produits par la fumée principale responsable des maladies cardiovasculaires, insuffisances respiratoires et cancers pulmonaires. Ces produits n’existent pas à des taux significatifs dans la « vapeur » des e-cigarettes […] Cependant, on ne connaît pas encore les effets sur la santé d’une utilisation prolongée de ce dispositif, c’est pourquoi les experts sanitaires la déconseillent actuellement aux non-fumeurs.“
Pour la Ligue Contre Le Cancer il convient de “Réserver l’usage de la cigarette électronique aux fumeurs souhaitant arrêter de fumer et ayant échoué avec les moyens conventionnels d’aide à l’arrêt.“

Récemment, l’ANSES a dévoilé un document intitulé « Évaluation des risques sanitaires liés aux produits du vapotage“. Sur le cancer, l’Anses adopte une position prudente. À ce jour, aucune étude menée chez des utilisateurs de cigarette électronique n’a mis en évidence le développement de tumeurs. Mais cela ne veut pas dire que tout risque est écarté.
Le rapport indique que certaines études montrent des modifications biologiques compatibles avec les premières étapes de la cancérogenèse : effets génotoxiques, effets mutagènes, altérations épigénétiques ou modifications du fonctionnement des cellules. Ces signaux ne prouvent pas l’apparition future d’un cancer, mais ils justifient une surveillance scientifique.
Concernant les poumons, les conclusions de l’ANSES sont plus nuancées. Les données disponibles ne permettent pas toujours d’établir un lien clair entre vapotage et maladies respiratoires comme l’asthme, la bronchite ou la BPCO, d’autant plus que de nombreux vapoteurs sont d’anciens fumeurs ou des fumeurs actuels, ce qui complique l’interprétation des résultats des études.
Devant ce constat, la vape ne peut être recommandée qu’aux fumeurs qui n’arrivent pas à faire leur sevrage tabagique avec les patchs et autres substituts nicotiniques remboursés par l’Assurance Maladie. Un suivi psychologique est recommandé, les TCC (thérapies comportementales et cognitives) faisant leurs preuves dans l’arrêt du tabac, tout particulièrement chez les gros fumeurs. Pour les mineurs, il est crucial de rester ferme par rapport au vapotage : son utilisation n’est possible que pour les fumeurs majeurs, quand les autres solutions ont échoué.



